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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 07:20

untitled.JPG Que de plaisir, notamment chez les enfants et les femmes habituées à rester à la maison, en allant à la rencontre de Dame nature, en se rendant aux champs sous un soleil radieux, les yeux fascinés par les paysages enchanteurs formés par l’herbe qui pousse, les senteurs odorantes de la lavande qui chatouillent les narines, l’eau scintillante qui ruisselle partout, les gazouillements des oiseaux aux chants mélodieux. Un agréable décor qui agrémente une belle journée hivernale avec, en prime, grâce aux labeurs et aux sueurs des ruraux, l’engrangement de la récolte des olives pour aboutir à un stock d’huile à consommer le long de l’année et dont le surplus sera vendu pour renflouer la bourse familiale. Les champs, habituellement silencieux à longueur d’année, renouent en ce mois de novembre avec l’ambiance chaleureuse et particulière créée par les regroupements familiaux pour le ramassage des olives. Les travaux de défrichage, pour rendre les arbres accessibles, ont été entamés, pour certains, il y a belle lurette, et d’autres, occupés par d’autres tâches, préfèrent assurer en même temps le nettoyage et la cueillette. Chaque matin, les hommes partent à l’ouvrage, hache et pioche sur les épaules et une hachette à la main, s’ils s’y rendent à pieds. Pour celui qui possède un mulet, il met les outils dans les Chouaris. Ils prennent les sentiers arpentés et serpentés qui les mènent vers les champs. De loin, on pourrait apercevoir des parcelles débroussaillées laissant entrevoir une terre schisteuse bien grise, des gorges faites pour arrêter les olives qui tombaient du gaulage et des petits chemins avec escaliers permettant aux ramasseurs de se déplacer sur un terrain accidenté. Les travaux de défrichage font que les parcelles sont nettoyées. Rien n’est laissé au hasard, les branches sèches et les arbustes secs ainsi que les buissons sont enlevés, mis en tas, puis incendiés. Les pistes sont réaménagées comme elles étaient refaites chaque année. Des arbres sauvages murs, il arrachait les gros bourgeons, longs et droits, pour en faire des manches pour l’outillage agricole et des gaules qu’ils travaillaient le soir ou les jours de pluie. En fin de journée, un fagot de bois sur le dos, l’outillage à la main, chacun rentre au village en empruntant le même itinéraire. Une fois ces travaux terminés, ils coïncident généralement avec l’entame de la cueillette des olives qui se montrent grosses, mures, noires et prêtes à être cueillies, dont certaines tombent toutes seules par terre. Toute la famille est mobilisée pour la circonstance. Grands et petits, hommes et femmes, accompagnés des bêtes, tôt le matin, prennent les chemins des champs. Novembre est la période propice pour la cueillette des olives, une large mobilisation s´est emparée de toutes les familles depuis déjà quelques jours. La gent féminine est massivement mobilisée. Les salariés possédant des oliveraies préfèrent prendre leur congé en cette période et rejoindre les processions. Et même les enfants se mettent de la partie pour aider les parents durant les vacances hivernales qui coïncident avec la période de ramassage. Dans les foyers, dés les premières lueurs du jour, les hommes s’affairent à préparer les outils nécessaires à mettre à dos de mulet et les femmes, dans la cuisine, préparent le petit déjeuner et le repas de midi à prendre au champ. Emportant les vivres nécessaires pour un déjeuner en pleine nature, tous les membres de la famille sont réunis et mobilisés, formant un cortège qui se joint en cours de route à d’autres cortèges. Pour ne pas sentir la fatigue, de petits groupes se composent, les femmes entre-elles et les hommes entre-eux, colportant, chacun dans son domaine, les nouvelles, bonnes ou mauvaises. De temps en temps, des bêlements de bêtes ou d’aboiements de chiens sont entendus. Le chef de famille conduit les animaux et veille à ce qu’ils ne dévastent pas les jeunes oliviers et figuiers plantés dans les parcelles situées aux abords de la route. Arrivés sur les lieux, les affaires déchargées et défaites, tout le monde se met à l’ouvrage. C’est une organisation fourmilière où chacun s’investit dans la tâche qui lui est dévolue et, généralement, qu’il maîtrise. Les hommes s’occupent du gaulage. Ils frappent ardemment par ci et par là en faisant le tour de l’arbre, ils montent sur les branches pour atteindre les hauteurs. Les jeunes arbustes sont épargnés du gaulage, leurs olives sont arrachées de la main. Les femmes et les jeunes garçons font le ramassage. Ils commencent d’abord par les olives les plus éloignées et se rapprochent de l’arbre au fur et à mesure. Un jeune est désigné pour garder le bétail loin des arbres, là où il y a seulement des broussailles. De loin, des brasiers de feu sont perceptibles dans tous les coins, froid matinal oblige ! De temps en temps, les mains d’un ramasseur, gelées par le givre du matin sont exposées à la chaleur du brasier pour reprendre leur tiédeur. Aussi, les coups de gueule ou les chamailleries, sans méchanceté aucune, qui se répandent dans la vallée sont entendus de loin. Les sacs, mis dans un endroit plat et propre, s’emplissent au fur et à mesure que les paniers remplis sont déversés. Dés qu’un chargement est atteint, le tout est mis sur le dos du mulet et quelqu’un se charge de le transporter à l’huilerie où une place a déjà été réservée à cet effet. A midi, tout le monde se rassemble autour du bivouac pour prendre sa ration alimentaire. Quelque soit la nature du repas, il va être appétissant. Le soir, hommes et femmes, blasés, les teints blafards, d’un pas mesuré, après une journée pénible, rentrent à la maison. Sur les sentiers sinueux et serpentés et sur les routes parfois boueuses et engorgées, des jeunes enfants, maraudeurs et collecteurs, sacs sur les épaules et paniers en osier à la main, se dirigent vers les acheteurs temporaires pour y vendre leurs productions. Village désert pendant la journée En cours de route, les spéculations vont bon train sur les prix pratiqués et les poids respectés par les uns et les autres. Aux portes de ces marchands, ce sont des chaînes qui se forment. Des colonnes entières arrivent au fur et à mesure jusqu’à tard dans la nuit. Dans la journée, le village est désert. Les maisons sont fermées ou occupées et gardées par des personnes âgées. Un marchand ambulant, novice dans la profession et n’ayant jamais vécu une campagne oléicole mais ayant pied au village par le biais de sa clientèle, féminine surtout, a beau crier en présentant ses produits, aucune porte ne s’entrouvre pour laisser apparaître un acheteur. Bouleversé par ce changement brusque de la situation, il n’en revenait pas, ce n’est qu’en voyant apparaître un jeune homme derrière un mulet chargé de sacs, auquel il s’empressa de demander les raisons qui ont fait que le village soit vidé de sa substance humaine, qu’il comprit. « Il fallait se renseigner sur nos traditions. Vous aurez encore à attendre quelques jours pour que la vie reprenne ses habitudes quotidiennes. Les villageois sont dans les champs et ne rentrent que tardivement la nuit », lui rétorque le jeune homme. La campagne oléicole bat son plein, les champs grouillent de monde et les routes ne désemplissent pas. Une animation naturelle digne des grands films où chaque acteur ou figurant joue son rôle. Toute cette animation est complétée par les huileries. De loin, on y entend le bruit des moteurs et on y aperçoit les fumées blanches, dégagées par les grosses cheminées, et les va et viens incessants des gens. A l’intérieur, une vaste cour accueillait les récoltes. Des petits et des grands tas d’olives, en vrac ou dans des sacs, sont séparés par des parpaings. Dans le local d’exploitation, une vraie fourmilière, des travailleurs et autres, le temps presse ! Les olives sont transportées dans des brouettes et déversées dans un bac, elles sont acheminées par un tapis roulant pour être lavées, puis aspirées par un conduit équipé à l’intérieur d’une vis sans fin et épanchées dans l’appareil de mouture. Les olives triturées se transforment en une pâte qui est mise dans des scourtins placés dans la presse hydraulique. L’huile brute se dégageant par les mailles est acheminée dans des tuyaux vers des bacs construits en dur et faïencés et les grignons restent dans les scourtins. L’huile pure est dégagée par un séparateur et coule directement dans un grand récipient. Ces tâches relèvent d’une huilerie moderne de type continu ou discontinu. Ce qui n’est pas le cas pour une huilerie traditionnelle où les olives sont triturées par deux grosses meules en pierres et le produit brut est laissé d’abord se reposer dans des bacs aménagés en dur et faïencés dans une chambre bien chauffée. L’huile pure est dégagée de la main par un récipient plat et légèrement creux. Les huileries sont beaucoup sollicitées par les acheteurs, locaux ou venus d’autres régions. Les ventes se font en gros ou au détail et les prix varient en fonction des quantités achetées. La campagne oléicole demeure une aubaine pour les villageois. Elle procure une ressource alimentaire pour les besoins de la consommation familiale et aussi une rente, le surplus étant vendu par certains, en une seule fois ou progressivement, en fonction des besoins ressentis par chacun tout au long de l’année. Les villageois qui n’ont pas d’oliveraies sont pris en charge par les nantis qui leur offrent, chacun, des petites quantités appelées « laâchour ». Ancrée dans la tradition, les populations manifestent encore grandement un attachement viscéral à l’olivier, un arbre qui donne des olives d’où est tirée l’huile d’olive. Un produit du terroir, fierté de toute la Kabylie, qui demande à être labellisé pour qu’il soit intégré dans les circuits de commercialisation nationaux et internationaux. L. Beddar

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Published by La gazette - dans Infos du terroir
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