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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 08:04
Seddouk: avec les vacances scolaires d’hiver; La campagne de cueillette des olives s’accélère.

Les Kabyles, depuis la nuit des temps, ont leur mode de vie social spécifique basé sur leur attachement à tout ce qui est légué par les ancêtres. Parmi ces valeurs figure la culture de l’olivier qui se transmet de père en fils.

Quand arrive la campagne de cueillette des olives, ce sont toutes les familles qui se mobilisent pour aller aux champs engranger les récoltes. L’olivier donne comme fruits les olives qui, après trituration dans l’huilerie, donne à leur tour l’huile d’olive. Un produit utilisé aussi bien en gastronomie qu’en traitement de certaines maladies en raison de ses effets thérapeutiques. Les kabyles sont de grands consommateurs de l’huile d’olive et ne peuvent pas s’en passer. Pour preuve, même ceux qui vivent en ville conservent un lien étroit avec leurs villages, où ils reviennent passer les vacances, certaines fêtes, cueillir les figues et ramasser les olives pour ceux que les ancêtres ont laissé des champs où ils tirent leurs stocks d’huile d’olive. Même les émigrés l’exportent dans leurs pays d’accueil. Voilà en somme, les raisons qui font que l’olivier reste éternellement lié aux kabyles. Des kabyles qui attendent chaque année quand arrive la saison des figues pour passer tout l’été à déguster des figues fraîches de différentes qualités et cueillir des figues sèches à conditionner pour ensuite les manger en hiver. Dès que la saison des figues se termine, arrive celle des olives d’où est extraite l’huile d’olive. Les figues et l’huile d’olive sont conservées pour être consommées le reste de l’année, c'est-à-dire jusqu’à l’arrivée des saisons de figues et des olives de l’année suivante. Mohand en sait quelques choses sur ces deux produits du terroir, ce qu’il nous expliquera en détail. «Nos ancêtres ne vivaient que des produits agricoles tirés de leurs terres. Au début de l’immigration, ils partaient en France pour économiser de l’argent et revenir ensuite faire avec un investissement qui est le plus souvent, l’achat d’une maison ou d’une parcelle de terre, le creusage d’un puits pour mettre en valeur un champ, etc. Il se trouve que maintenant il n’y a pas une seule famille kabyle qui ne possède pas de terre d’où l’adage ‘celui qui ne possède pas au moins un petit lopin de terre ne peut se considérer kabyle’. Mes parents me disaient que les villageois retrouvent la pleine santé durant la saison des figues qu’ils consomment abondamment. Quand il n’y a plus rien à manger, on se contente des figues sèches trempées dans l’huile d’olive. Voilà aussi l’une des raisons qui font que l’huile d’olive vaut son pesant d’or chez le kabyle», a-t-il dit. L’ambiance durant la période de cueillette des olives est un peu particulière de par sa fébrilité. Les villages se vident, donc, dans la journée. Pas âme qui vive. Hommes et femmes, jeunes ou vieux, tous les valides partent à l’ouvrage ne laissant que les malades, les personnes âgées et les enfants en bas âge. Il fait frisquet le soir en ces journées de fin d’automne mais toujours est-il, un soleil radieux domine encore dans la journée. Les gens profitent de ces belles journées automnales avant que les grandes pluies et neiges n’arrivent, ce qui leur compliquerait la tâche avec les pistes boueuses devenant impraticables et salissantes. Même si les plus pressés et ceux ayant des oliveraies dans des endroits exposées aux maraudeurs d’olive ont entamé la cueillette il y a déjà belle lurette, ce qui explique les petits tas d’olives dans les huileries, le grand rush a eu lieu, vendredi passé, avec la sortie en vacances des écoliers sur lesquels les parents comptent beaucoup pour les aider dans le ramassage des olives, qui nécessite l’adhésion de tous les membres de la famille. Comme si l’ordre a été donné, tout le monde s’est mis de la partie donnant officiellement le coup de starter. C’est ce qui nous a emmenés à passer une journée dans l’un des villages de la commune de Seddouk, une région à vocation agricole avec la prédominance de l’olivier, cet arbre millénaire, vénéré et adulé par les populations depuis la nuit des temps. Nous sommes revenus avec la tête fourmillant de bons souvenirs et riches en événements. Le village pris comme référence est situé à un kilomètre de la grande route. Le soir, il est plongé dans un grand silence et ce n’est qu’après l’Adhan de l’imam appelant pour la prière d’El Fedjr, que le silence est rompu avec les lumières qui s’allument dans les foyers. Les hommes sortent dans les ténèbres pour aller à la mosquée accomplir leur devoir religieux. Les femmes, de leur côté, se lèvent aussi pour préparer le petit déjeuner et le repas de midi à prendre au champ. Les enfants sont concernés aussi. Ils se lèvent tôt pour être envoyés chercher du pain et d’autres denrées alimentaires chez l’épicier du coin. Comme les journées sont courtes en cette fin de l’automne, les familles s’affairent à tout préparer pour sortir dans les champs aux premières lueurs levées. Il fait un froid de canard dehors avec la gelée de la nuit qui s’est étalée sur les prairies comme une couche de neige, les rendant toutes blanches. Mais malgré, chacun emmitouflé dans ces habits, les familles bravent ce froid qui ne durera pas longtemps et partent à l’ouvrage. Sur un mulet, Saïd, le chef de famille, est suivi par les membres de sa famille qui marchent à pied. Ce n’est pas le cas de Mohand qui est plus chanceux, en utilisant sa pick-up double cabines pour transporter sa famille, car son champ est desservi par une piste bien entretenue.

Les champs grouillent de monde, une ambiance s’installe dans les champs devenus très animés. Une animation qui s’étale sur toute la durée de la campagne de ramassage des olives. Saïd en arrivant à son champ commence par l’essentiel comme d’habitude, en allumant un feu de bois. Il conduit les bêtes dans un endroit où il y a beaucoup de maquis et point d’arbres qui donnent des fruits et demande à son jeune garçon de les surveiller. Il va avec son autre fils vers un grand olivier pour entamer le gaulage, pendant que les ramasseuses chauffent leurs mains tout en discutant. En l’espace d’une heure, tapant par ci et par là avec les gaules, faisant tomber le fruit à terre qui devient toute noire et bien couverte d’olives étalées tout autour de l’arbre. Mission terminée pour les deux hommes qui appellent les femmes à rentrer en action pendant qu’à leur tour, ils se dirigent vers le feu pour se chauffer les mains de la tiédeur. Quelques minutes leurs ont suffi pour se remettre d’aplomb et aller ensuite vers un autre arbre recommencer le gaulage. Des gestes qu’ils font à longueur de journée et qu’ils répètent tout le long de la campagne. Les ramasseuses mettent les olives dans des récipients qu’elles versent une fois pleins dans des sacs en jute. Une fois trois sacs remplis, qui est équivalent d’une charge utile que peut prendre un mulet, ils seront mis sur sa selle et c’est le fils aîné qui se charge de le conduire jusqu’à l’huilerie où une place leur était réservée pour le dépôt de leur production. Il est midi, quand tout le monde se met à côté du feu pour recevoir sa ration alimentaire que sert à chacun l’une des femmes. Ce piquenique dure environ une heure. L’activité des champs donne une faim de loup, rendant les repas délicieux. La journée est merveilleusement vécue dans les champs. Outre la nature qui étale ses plus beaux atours avec la verdure qui domine, les oiseaux qui gazouillent dans l’air et sur les branches des arbres, l’air pur qui oxygène les poumons et l’eau qui ruisselle dans les rivières, une animation inhabituelle règne avec des fumées se dégageant des brasiers et montent haut dans le ciel, des coups de gaules qu’on entend de tous les côté. Il y a aussi la présence des étourneaux qui passent dans le ciel. Ils sont chassés partout quand ils se posent sur terre, rendant toute la surface noirâtre. Une fois volant dans l’air, ils sont attaqués parfois par un épervier, ils se mettent en boule pour se protéger. Mais la plupart du temps quand il en attrape un, il abandonne la chasse pour se poser sur la branche d’un arbre et le manger. En fin de journée, la fatigue gagne les membres qui travaillent sans répit toute la journée et ce n’est que l’après-midi qu’ils rentrent à la maison. Les chanceux sont ceux qui ont des voitures. Ils ne mettent pas longtemps pour arriver au village. Les autres prennent les chemins du retour par des sentiers sinueux et serpentés faits de descentes et de montées, rentrant à la tombée de la nuit. Et ce n’est pas fini, puisque les femmes doivent préparer le diner et les hommes se rendent aux huileries pour voir leurs productions. Ils préparent éventuellement la journée du lendemain. Ceux qui ne possèdent pas du tout ou suffisamment d’oliveraies achètent au kg des olives ou ouvrant des points de ventes. Ils ont commencé par acheter le kg d’olives à 70 DA et devant la forte demande il a atteint déjà les 90 DA/le kg chez certains. Ceux qui n’ont pas les moyens se contentent des résidus laissés sur les arbres qu’ils cueillent en sillonnant les oliveraies déjà cueillies par leurs propriétaires. Cette opération s’appelle «ahaouache». Les pauvres sont pris en charge par les gros propriétaires d’oliveraies qui engrangent de grandes quantités d’huile en leur donnant de petites quantités appelées «laâchour». Suivant les augmentations des prix des produits manufacturés fabriqués à l’usine, le prix du litre de l’huile d’olive a, lui aussi, grimpé atteignant la barre des 700 dinars chez les huileries par rapport à l’année passée, où il n’a pas dépassé la barre des 600 dinars le litre. Nous avons posé la question à un oléiculteur sur le pourquoi de ces augmentations des olives et de l’huile d’olive qui nous donnera les raisons. «Les prix de tous les produits manufacturés ont augmenté, ces derniers mois, suite à la crise qui s’installe dans notre pays et personne ne trouve à dire. Mais quand c’est le prix du litre de l’huile d’olive qui augmente, les acheteurs se demandent pourquoi une telle augmentation. D’abord la dégradation du pouvoir d’achat touche également le fellah qui ne vit que des produits agricoles tirés de ses champs, fruit de son labeur et sueur. Ensuite, les prix des produits manufacturés qu’il utilise ainsi que les salaires de la main d’œuvre augmentent aussi. Cela a fait que le fellah a le droit de voir ses efforts valorisés par l’augmentation des prix des produits qu’il vend», a-t-il expliqué. Du côté des huileries industrielles qui nécessitent beaucoup de productions d’olives pour tourner à plein régime, un gérant d’une huilerie moderne nous a fait savoir que les rendements sont médiocres cette année et qu’il s’approvisionnerait en olives des autres régions arabophones pour s’en sortir. «Cette année, les rendements sont faibles, ce qui explique le nombre de tas d’olives réduit dans la cour que vous voyez là. Cela étant, je vais m’approvisionner en olive dans les régions de l’Est et de l’Ouest du pays pour m’en sortir. C’est ce que je faisais dans le passé quand les rendements étaient faibles comme cette année», a-t-il. La campagne de cueillette des olives comme celle des figues fraîches et de barbarie (akermous) comptent beaucoup dans la vie des kabyles qui trouvent un malin plaisir de se revigorer de ses fruits du terroir, fétiches et adulés par les populations.

L. Beddar

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Published by La gazette "Amdoune n'Seddouk"
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