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Tibouamouchine: l'enchanteresse


Situés entre deux chefs lieux de daïra, Seddouk et Béni- Maouche, les villages du vieux Seddouk recèlent des richesses et des patrimoines variés. Localités d’histoire, de pèlerinage et de villégiature, elles conjuguent avec bonheur le développement d’une économie basée sur l’agriculture et dominée par l’oliveraie dont la qualité de ses huiles est des meilleures, et la mise en valeur de leurs quartiers aux artères pleines de charme. Pour encadrer leur activité, les villageois ont créé une association regroupant quatre villages dont l’objectif est la participation active des populations à l’émergence d’une solidarité durable basée sur la convivialité, la chaleur des relations entre ruraux et la défense de leurs intérêts moraux et matériels. Cette association s’adressant aux villageois affiche comme slogan « votre bonheur est notre credo ». En venant de Seddouk Oufella , Ighzer Oughanime, l’affluent de la rivière Tassaft , déroule ses méandres dans des décors contrastés, avant d’arriver à Taghzouit : plaine verdoyante et façades arborées alternent avec les rameaux d’oliviers. En effet, pour rejoindre ces localités , il fallait emprunter la national 74 reliant les régions d’ Ath aidel et d’ Akbou aux localités berbérophones de la wilaya de Sétif. À trois kilomètres de la ville de Seddouk, se trouve un trois-chemins, et des panneaux de signalisation vous invitant à bifurquer à l’est. Cette route serpentée traverse des régiments d’oliviers dont certains séculaires ornent ses bordures et par leurs gigantesques tailles forment des périmètres ombrageux permettant aux voyagistes des piques- niques. L’endroit le plus privilégié est l’abord du puits de da Laid. Avec ses trois ou quatre eucalyptus, les routards venant d’Alger et d’Akbou et arpentant cette route, s’y arrêtent, qui pour refroidir le moteur chauffé , qui pour se délasser d’un voyage souvent harassant, avec une eau limpide .Venant souvent de loin et se situant à mini- chemin de leurs destinations les villages de Béni Maouche et de Béni ourtilane, des familles entières, se sentant dans une zone paisible, garent leurs voitures, se mettent à l’ombre sous un olivier, qui, pour prendre son sandwich qui, pour se détendre en humant l’air pur de la campagne . A quelque kilomètres un peu plus loin , au premier col de cette route , sur un petit plateau , au piémont de la montagne d’achtoug et d’une vue splendide dominant une partie de la vallée de la Soummam, notamment les villes de Seddouk, d’Ouzellaguène , d’Akbou et des villages qui s'y rattachent, ainsi que la colonne dorsale du Djurdjura dans son versant est, des confins de Béni Mellikèche taghallat et consoeurs jusqu‘à Akfadou et sa forêt réputée pour avoir servi de PC au feu colonel Amirouche . C'est de Tibouamouche dont il s’agit. Ce village d’environ 1500 âmes, apparaît au détour d’un virage languissant au soleil d’automne, magnifiquement exposé , splendidement entouré de trois autres villages ( Seddouk Oufela , Ighil n’djiber et Seddouk Ouadda ) ,et dans un environnement superbe, possédant un patrimoine architectural ou naturel caractéristique, offrant le label d’un « beau village ». La volonté qui anime ses habitants dont le seul souci est d’embellir leurs maisons, lui donne un autre label de « village fleuri » . Comme la nervure d’une feuille, cette RN74 le traverse de bout en bout en distribuant des commerces, des ruelles allant vers les quartiers, et des sentiers menant vers les villages attenants dont le premier est Ighil n’djiber . situé sur une crête telle une protubérance, il apparaît comme un simple prolongement d’agglomération qui offre un paysage urbanisé et composé à l’entrée de quelques superbes villas nouvellement bâties. L’intérieur est formé d’un hameau de maisons anciennes, construites avec de la pierre local, blanche et grise, charpentées avec de la tuile rouge traditionnelle dont certaines sont dans un état de délabrement. Ce village est le plus enclavé de la région, il ne possède aucune structure d’accueille, ni commerce, ni café …et ses habitants se divertissent et s’approvisionnement ailleurs. Un peu plus bas le quartier chic de Tizza avec ses commerces variés et sa propreté éclatante, une vraie vitrine, quoi ? C’est là que les voyageurs complètent leurs emplettes et les jeunes aiment flâner. Un village de martyrs: Certains, marchander fait partie de leur rite d’achat, et d’autres, même la bourse vide, déambulent sur les trottoirs et contemplent les articles exposés dans les magasins pour le simple plaisir des yeux. Tout le long, plusieurs sentiers battus et tortueux mènent vers le plus vieux village de cette contrée, Seddouk Ouadda. Ce village martyr s’est assuré un développement grâce à sa population qui a toujours agi par solidarité. La cohésion de ses habitants a fait des miracles de par les projets de longues envergures réalisés par leurs propres moyens et leur seule volonté. Juste après l’indépendance, les villageois se sont attelés à créer des commodités leur permettant de mener une vie décente, saine et comparable à celle des citadins. Le premier projet réalisé fut l’assainissement des eaux usées dans des canalisations, puis le branchement d’eau de consommation dans les maisons, ensuite le bétonnage de toutes les artères du village et enfin la m ise en valeur de la source d’Ighzer n’tsergou, en ramenant son eau dans des canalisations jusqu au château d’eau, ce qui a atténué considérablement la crise de ce précieux liquide caractérisé auparavant par des pénuries en été. Terre d’accueille et d’histoire très ancienne, les villageois ont fait face à d’innombrables affres subies de l’armée coloniale. Déracinés durant la guerre et voués à l’errance dans d’autres localités, leurs maisons pillées dont certaines démolies par l’artillerie et incendiées par les soldats. Le nombre de martyrs sacrifiés pour l’indépendance du pays est rarement égalé. C’est à partir de là que se sont constitués les autres villages attenant et les vestiges d’el Khandak sont là pour en témoigner de l’histoire millénaire de ce village. A présent, des objets ostentatoires anciens sont déterrés, certain sont gardés par les propriétaires des lieux, d’autres exposés dans le siége de l’association « Azar ». Dans d’autres pays, des archéologues et des explorateurs auraient déjà fouillé pour élucider le mystère qui entoure les causes d’un tel cataclysme, situer l’époque de la catastrophe et définir la race qui a été décimée, qui ne peut être que berbère ou romaine. Aussi des ossements en quantités importantes ont été découverts non loin de l’endroit, donnant l’allure d’un ancien cimetière. L’extension du village, par la construction de nouvelles habitations grâce à l’apport des émigres a entraîné de fait son assimilation au village Tiboua mouchine et, forment une grande agglomération.

Tibouamouchine l’enchanteresse, si fière, semble narguer les voyageurs fort nombreux à le traverser quotidiennement, en leur taisant son secret que seules ses maisons séculaire semblent connaître. Ce secret vient de la montagne d’Achtoug qui caresse le regard, dépayse la vue et impressionne l’esprit des visiteurs. Un semblant de verdure qui traîne dans les quartiers, offre au village le luxe d’ajouter à sa position géographique exceptionnelle des lignées de commerces, des l’huileries modernes et de quelques villas. Ne dérogeant pas à la règle, cette localité a sa casbah. Composée d’anciennes maisons typiquement de style kabyle, serrées solidairement les unes des autres et construites avec des matériaux locaux traditionnels. Ce vieux village ne représente plus q’un quartier eu égard à l’extension fulgurante qu’a connue cette localité. Elle prend des formes particulières ou alternent des quartiers résidentiels, des pavillons modestes et épars, avec jardin, et des logements collectifs isolés. La spécialité des tibouamouchinois était la fabrication du balai traditionnel (thinaslah), produit dont l’utilisation est très répondue dans la région avant l’avènement du balai moderne à haut manche. A la sortie du village, sont concentrés les édifices publics. Le CEM Bounzou implanté sur une petite pente est séparé de l’école fondamentale Cheik Bel Hadad par une lignée de logements occupés par les enseignants. Le centre de soins prévu précédemment va en régression jusqu’ à ab outir à une infirmerie marquée par l’indifférence de par l’absence d’enseignes ou de panneaux signalant sa présence. Elle offre un visage oedipe. La poste et l’annexe de la mairie partage la même cour qui accueille chaque matin un monde fou qui s’agglutine à leurs portes attendant l’arrivés des proposés aux différents services. En remontant un peu plus loin à environ un kilomètre, le village Seddouk Oufela qui a beaucoup contribués au prestige de la région grâce à son enfant, le vaillant guerrier Cheik Bel Hadad qui a mené avec la population locale une guerre farouche à l’occupant colonial. Collé au flanc de la montagne, à l’entrée, une lignée de peupliers verts, jaunis et courbés ornaient la route, au milieu deux sources séculaires ou se dégagent un bruissement d’eau et une fraîcheur en été. Dans la placette située à la lisière de la localité, assis sur des dalles en béton et adossés au mur, c’est là ou les villageois se détendent en fin de journée, scrutant les cimes d ’Achtoug comme pour demander au saint qui a érigé sa demeure Sidi Ali Ouchtoug, de leur offrir sa bénédiction. Le village, c’est aussi le moderne qui côtoie l’ancien. Le vieux bâti dont le charme est perceptible de loin, gardant toujours l’ardeur de ses maisons anciennes, tantôt restaurées et ornées de pierres grises et bleues, et de portes et fenêtres faites de bois anciennement sculpté sont là pour autant à accueillir les visiteurs incommensurables qui venaient chaque année se recueillir sur Takhellouith. Notre périple prend fin au village Tighilt Ouméchim, nom donné en raison de sa proximité des cimes d’Achtoug. Le paradis de la figue sèche: Ce village surplombant la vallée de Seddouk et limitrophe du territoire de la commune de Beni Maouche, est connu pour sa production de figues sèches et de ses fontaines des eaux minérales puisées des roches de la montagne. A propos de la figue sèche, tout le monde s’accord à dire que la variété récoltée dans ces confins du mont Achtoug est la meilleur de par la grosseur des sujet et la saveur. Toutefois, il est utile de rappeler, au temps de jadis, l’agriculture dans ces contrées constitue la principal richesse, et les cultures prédominantes sont l’oliveraie et le figuier, bien que d’autres cultures sont aussi pratiquées, notamment les maraîchages et les céréales. Le modernisme a induit chez ses populations beaucoup de plaisir de la vie (téléviseur, frigidaire, voiture et autres) que l’agriculture à elle seule ne peut suffire a nourrir et a commercer pour dégager l’épargne nécessaire à l’acquisition de ces biens. Cette restriction de la richesse a contraint ces ruraux d’aller chercher l’emploi là ou il existe. Ce sont les contours d’une ruée vers la France ou l’industrie est très développé et nécessite beaucoup de mains- d’œuvre. Mais un autre phénomène est apparu avec la prospérité de l’économie algérienne vers les années 1970 . Pendant ce temps, un exode rural massif a eu lieu de nos campagnes vers les grands centres urbains ou se sont constitués de grands pôles industriels notamment à Alger, la capitale. Cette tradition d’immigration a atteint au jour d’au jour d’aujourd’hui les pays les plus éloignés de la planète, de l’Australie au Canada. Et ces villages, comme ceux de la Kabylie toute entiere, ont été vidés de leur substance humaine la plus récréative. Ces villages, des merveilles pour ainsi dire existent encore et de surcroît connaissent un développement, grâce aux efforts conjugués de la population locale avec les immigrés. Si les premiers se sont toujours attelés à les maintenir dans un caractère de prob ité, les seconds n’ont jamais lésiné sur les moyens matériels, notamment financiers quant il s’agit d’une concrétisation de projets vitaux pour la communauté. Mais, lamentablement, la municipalité est la grande absente des grands rendez-vous ou un sentiment de marginalisation est ressenti par les populations locales qui se débattent seules pour améliorer leurs conditions de vie. La placette et les grands accès de l’ancienne bâtisse de Tibouamouchine, après quarante ans d’indépendance, n’ont pas connu de bitumage, ni de bitonnage. Le tronçon de la RN 74 traversant le village est dans un état piteux. Engorgé par les eaux de pluie, la chaussée est totalement défoncée, et constitue un danger permanent pour les habitants. L'unique aire de jeux conçue pour la pratique des sports scolaires est dans un état pitoyable. Les vestiaires sont complètement démolis, la clôture arrachée et le terrain devenu un vaste champ de jachère traversé par un ruisseau. Les jeunes rongés par l’oisiveté et la monotonie engendrées par l’absence d’infrastructures et de loisirs, à vraie dire, dans ces localités, pour leur évasion, ils trouvent leur salut dans les grandes villes comme Seddouk et Akbou où les activités culturelles et sportives existent. Pour une bonne prise de note, cette région offre de splendides paysages sur fond de prairies, de petites collines, d’une montagne longitudinale jusqu à Gueldamen et de petites vallées. Célèbre pour sa pierre blanche et grise, ses balais traditionnels fabriqués localement, et ses vestiges historiques non explorés officiellement, le visiteur y découvrira tout particulièrement en pleine campagne et à la lisière d’une forêt, les ruines du village « Asrafil» symbole de la résistance de notre glorieuse ALN contre l’armée française.

L.Beddar
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