A Beni Maouche, une commune rurale de la wilaya de Béjaïa perchée à plus de 1 000 mètres d’altitude, les habitants, notamment ceux des villages enclavés, font
face à un grand problème de prise en charge médicale, le déficit en infrastructures de santé étant des plus criants.
Dans la commune de Beni Maouche, dont le nombre de martyrs
de la guerre de libération dépasse le millier, s’il y a bien un secteur qui manque drastiquement de moyens, c’est celui de la santé. «La polyclinique de Beni Maouche n’a de polyclinique que le nom
; il est aberrant qu’elle ne puisse assurer une couverture médicale adéquate pour seulement une population de 25 000 habitants répartie à travers le chef-lieu de la commune et 27 villages. Avant
notre arrivée, la structure était sinistrée, et c’est bien le mot. Nous l’avons placée au sommet de nos préoccupations et nos démarches pour sa réhabilitation n’ont pas été vaines puisque l’on a
arraché un équipement pour le service radiologie, qui est opérationnel depuis quelques mois. Nous avons également obtenu un renforcement en moyens humains et l’acquisition d’une ambulance neuve.
Mais ne crions pas victoire ! Beaucoup reste à faire dans cette polyclinique de campagne. Nous courons toujours pour avoir des services spécialisés. A ce titre, nous avons reçu un accord de
principe en février 2007 pour la création d’un bloc des urgences, mais ce projet tarde à voir le jour malgré les relances que nous avons effectuées au plus haut niveau.» Tel est le tableau brossé
par notre interlocuteur sur la situation qui prévaut dans cette structure sanitaire tant décriée. Ne s’arrêtant pas là dans son diagnostic, il dénonce le mauvais fonctionnement de cette structure :
«Comment se fait-il qu’elle ne fonctionne pas H/24, au vu des moyens humains qu’elle recèle ? La maternité est dotée de quatre sages-femmes, mais elle ne fonctionne qu’avec une seule. Cette
situation incompréhensible fait que les femmes sur le point d’accoucher sont mal prises en charge dans cette polyclinique, et beaucoup d’entre elles, devant les soins obsolètes prodigués, se
rendent aux hôpitaux de Sidi Aïch ou d’Akbou, au péril de leur vie parfois.» Et ceux qui souffrent le plus, selon l’édile communal, ce sont les habitants des villages. Et d’expliquer : «Sur les 27
villages, seuls trois, en l’occurrence ceux d’Aguemoune, d’Aït Adjissa et de Thala Netsinzar, sont pourvus d’un centre de soins. Du fait de l’absence d’édifices conçus spécialement pour ce genre
d’activité, ces centres sont aménagés dans des locaux d’annexes de la mairie. Du provisoire… qui dure, bien entendu ! Un seul infirmier a été affecté pour gérer les trois centres, à raison d’une
demi-journée pour chacun d’eux. Et tout récemment, un médecin affecté pour les besoins du centre de soins d’Aït Adjissa n’a pu être installé car n’ayant pu bénéficier pas d’un transport, et ce du
fait que notre parc véhicules est constamment sollicité par les services de l’APC. Ce n’est pas que nous nous refusons à affecter une voiture avec chauffeur pour le déplacement du médecin, mais que
sa tutelle sache que Beni Maouche ne dispose pas de structures techniques et autres à caractère socioéconomique, toutes concentrées au niveau de la daïra de Seddouk.» Mais le maire arbore quand
même un large sourire quand il rappelle, en guise de conclusion, avoir arraché un projet d’hôpital pour sa commune. «Nous avons arraché un hôpital de 60 lits dans le cadre du plan quinquennal
2009/2014. On nous a promis sa réalisation en 2011. Nous profitons de l’occasion qui nous est donnée par cet article de presse pour dire aux responsables concernés de faire un autre effort pour
entamer sa réalisation avant la fin de l’année en cours ou au début de 2010. Pour rappel, notre commune a été affectée par divers calamités : le séisme de l’année 2000 qui a fait des milliers de
sinistrés, la neige de l’année 2005 qui a obstrué les routes coupant la commune du reste du pays, les feux de forêt d’août 2008 qui ont occasionné des pertes considérables aux fellahs avec des
milliers d’arbres et des centaines d’hectares de culture ravagés par les flammes. Aussi, cet hôpital nous permettra-t-il de mieux supporter les aléas de la nature.» Larbi Beddar