Les structures d’accueil font défaut D’un charme
éblouissant et à couper le souffle, et située dans un endroit magique où règne un calme olympien, la station thermale Sidi Yahia El-Aâdli accueille de nombreux curistes en hiver comme en
été. C’est un joyau de l’art ancien, à l’architecture médiévale, situé au coeur de la haute vallée de la Soummam, à quelques encablures d’Akbou, deuxième grande ville de la wilaya de
Béjaïa et dépendant de la commune de Tamokra. Fait aussi remarquable et regrettable, ce site touristique, thérapeutique et centenaire, a été totalement négligé par les pouvoirs publics. Ils l’ont
malheureusement laissé à l’état archaïque, ne voulant pas l’aligner sur les autres sites semblables pour lesquels ils ont alloué des investissements colossaux qui les ont hissés au rang de
stations thermales dignes de ce nom. «En été, on a du mal à trouver une place dans ces maisonnettes archaïques au bord de l’effondrement. C’est pourquoi nous ramenons des tentes que nous
installons dans le lit de l’oued. Ceux qui ont des moyens rentrent sur Akbou où des hôtels et restaurants existent», nous fait savoir un habitué des lieux venu de Tizi Ouzou. Ceux que la mer
n’attire pas préfèrent le tourisme de campagne où ils y trouvent un cadre féerique dans une nature à la beauté inégalable. En ce début du mois de juillet, la route qu’y mène est très fréquentée
par des touristes venus de tous les horizons, en témoignent pour cela les plaques minéralogiques de voitures immatriculées dans plusieurs wilayas d’Algérie et dans plusieurs départements français
et d’autres pays. Apeine le pont de Biziou franchi, la montagne de Gueldamen se dresse comme une grande muraille infranchissable. Avec une vue imprenable sur toute la haute vallée de la Soummam,
la nature l’a généreusement dotée de paysages enchanteurs qui font oublier parfois qu’on est en Algérie. Mais le panorama splendide qui accueille autrefois les amoureux de la nature a été cette
semaine la proie d’un feu de forêt qui a calciné les garrigues, le maquis, les arbres rabougris et la végétation drue. Il n’en reste de l’éden qu’une image effroyable de cendres encore fumantes.
Après environ une dizaine de kilomètres parcourus sur la route de Tamokra, une plaque de signalisation indique une bifurcation à droite pour rejoindre la station par une route en pente descendant
jusqu’à l’oued et qui continue par un chemin tracé à même les rocs. Étroit, il débouche sur un petit parking ne pouvant contenir qu’une dizaine de véhicules. Au-delà, les visiteurs continuent à
pied. Au détour d’un virage, apparaît le site. La station, située au creux d’un massif montagneux dans un paysage splendide, étale son charme et propose les vertus thérapeutiques avérées de ses
eaux. D’abord, une lignée de maisonnettes anciennes collées à l’une des falaises au relief escarpé et boisé que coupe l’oued Boussellam, l’affluent de l’oued Soummam. Le chemin s’arrête à une
pièce faisant office de café maure où sont servis café, thé et tisane, et d’épicerie en même temps où sont vendus des produits d’alimentation tels que du pain, du fromage, des boites de conserve
et de la limonade. La clientèle est diversifiée et les adeptes ne viennent pas tous pour un même objectif. Les personnes âgées s’y rendent pour soigner leurs rhumatismes. «Après plusieurs soins
chez des médecins et l’inefficacité des traitements prescrits, on nous a conseillé une cure thermale dans cette station aux eaux chauffées naturellement qui apportent des soulagements», confie un
couple de personnes âgées. Les jeunes aussi aiment se rendre à ce site pour admirer un panorama formé de grottes féeriques et de décors pittoresques qui charment le corps et l’esprit. «C’est mon
coin préféré. Je viens souvent pour la détente tant le calme que je trouve est doux», dit un jeune Akboucien. Un autre, venu de loin, s’est déplacé pour une villégiature d’une semaine mais les
moyens d’accueil obsolètes ne répondent pas à ses goûts. «Je suis venu avec l’idée de m’enfermer dans ce site idyllique pour une semaine, mais comme les moyens d’hébergement et de restauration
sont dérisoires, j’ai changé de programme. Je passe la journée ici et le soir je rentre à Akbou pour la nuit dans un hôtel», dit-il. Celles qui tirent le plus profit sont inéluctablement les
femmes. Elles trouvent là une aubaine pour sortir de leur cocon en se rendant à cette station où elles se retrouvent entre elles en toute intimité à discuter librement. «C’est une occasion de
sortir du confinement à la maison ou du village pour aller à la rencontre d’autres femmes comme dans des séances de bain», affirme l’une d’elles. Dame nature a tout donné à cette région en terme
de paysages féeriques qui attirent une affluence record d’estivants. Cela démontre aussi, si besoin est, que le manque de structures d’accueil n’affecte en rien l’aura de ce joyau millénaire pour
ces milliers de visiteurs qui le fréquentent et dont l’appel de la nature semble irrésistible pour eux. Néanmoins, il y a lieu de signaler que le grand point noir reste la carence des pouvoirs
publics en matière d’amélioration des conditions d’accueil en ne lui inscrivant aucun projet touristique. Pourtant la modernisation du site par la construction d’infrastructures d’accueil
appropriées et l’aménagement de la route d’accès, pourraient aider à engranger des bénéfices à même de contribuer à sortir la région de son enclavement, à répondre au besoin aux aspirations des
habitués du site et à séduire aussi d’autres touristes. De notre bureau de
Béjaïa,
Larbi Beddar