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ELLE ILLUMINE SEDDOUK, À BÉJAÏA:Takaâts, une forteresse fortunée

 

A peine le pont de l’oued Soummam franchi, on se retrouve nez à nez avec une immensité de verdure embrassant le flanc escarpé

d’une superbe colline, des terres nourries de la sueur et du sang de plusieurs générations. C’est Takaâts, la majestueuse.

 


Takaâts offre à la vue des rameaux d’oliviers à perte de vue que bordent des lignées d’amandiers particulièrement fleuris en cette période de l’année, période de végétation extrême. C’est le printemps, saison où se retrouvent les amoureux de la nature,

 

dans une symbiose idyllique entre humains, flore et faune. Tout voyageur qui emprunte la grande RN 74 serpentant la région sur environ 8 km ne peut s’empêcher de s’émouvoir de ce que la nature a façonné comme paysages enchanteurs, d’une beauté

incomparable, que le visiteur qualifie volontiers de paradis de l’escalade et de l’escapade. Au détour d’un virage anodin, en

amorçant le plat, apparaît tout près le village de Takaâtz, relevant de la commune de Seddouk,situé à quelque 80 km de la ville de

Béjaïa. Un village qui semble perché sur la cime d’une colline telle une forteresse fortunée,fière de son histoire millénaire,

orgueilleuse de sa beauté ensorceleuse et narquoise,taisant son secret aux visiteurs.Visible des quatre points cardinaux en raison

de son assise rappelant le nid d’une cigogne,la localité de Takaâts offre un splendide panorama qui caresse le regard, dépayse et

impressionne à la fois. Cette citadelle qui brille de mille feux semble veiller sur la vallée de la Soummam, qu’elle domine du

piton d’Akbou jusqu’à l’entrée de Sidi Aïch, tournant naturellement le visage vers les montagnes du Djurdjura dont on peut admirer la colonne dorsale drapée de neige et, tout en bas, une pléiade de petits villages proprets à l’architecture typiquement kabyle. De l’autre coté, le dos tourné au mont Achtoug et perchés sur les collines, les quatre villages d’Amdoune n’Seddouk.

Nonchalante, superbe et languissant au soleil du printemps, l’enchanteresse vous lance son chant de bonheur, vous invitant

à entrer par la porte sud située aux quatre chemins de la RN 74, ouvrant bien les bras pour vous accueillir. Tout pour acquiescer une telle invite !

Village de culture, de tourisme et d’histoire où se côtoient dans un subtil environnement une pinède aux arbres rabougris et une végétation drue située à la lisière d’Amalou Sidi Mouffok et bordant une vaste plaine agricole étalant sa magnificence, Takaâtz offre le label d’une province verte avec une diversité de paysages séduisant toujours le visiteur.

C’est aussi et surtout une terre de traditions séculaires où riment chaleur de l’accueil et richesse du terroir. Une terre séparée des villages d’Amdoune n’Seddouk par la rivière Tassift avec laquelle elle garde des liens ancestraux, une amitié et une fraternité originales et toujours intactes, offrant ainsi un tableau idyllique.

Pour ceux qui ne le savent pas, cette plaine appelée dans le temps plateau de Massinissa (takaâtz imessissen) est une ancienne ferme agricole. Même si cela peut faire pleurer les nostalgiques, il faut dire que de cette plaine nourricière d’autrefois, il n’en reste que des amas de béton formant la grande ville, cheflieu de la commune de Seddouk. Les oliviers déracinés au bulldozer ont cédé la place à de lugubres maisons édifiées anarchiquement, sans plans de parcellisation ni de construction et dans des cités ériphériques, ternissant l’image de marque de la ville.

TAKAÂTS PREND SA REVANCHE

Takaâts, historiquement parlant, est la citadelle la plus ancienne. Certaines légendes laissent même entendre qu’elle c’était un ancien fort de Massinissa, érigé sur les meilleures terres du douar M’cisna dont elle faisait partie avant la création de la ville de

Seddouk en 1929. Cette ville prit un grand essor, au détriment de la localité de Takaâts qu’elle a reléguée au rang de village. Mais un village qui se développera lui aussi petit à petit Après l’indépendance, Takaâtz prend sarevanche en disputant aux autres la partie ouest la séparant de la ville de Seddouk, se l’appropriant grâce aux efforts de ses fils qui ont introduit une véritable culture d u travail et l’investissement. Plusieurs fonderies et fabriques d’ustensiles de cuisine en aluminium voient ainsi le jour. Cette culture, devenue une tradition, s’est enracinée au plus profond des ingénieux Takaâtis, qui ne manquent pas de dynamisme. Pas moins de trois fabriques, modernes, sont venues renforcer celles déjà existantes. Il s’agit d’une unité de production de cumulus dont le produit est très compétitif, d’une unité de fabrication de pièces mécaniques pour véhicules industriels et, enfin, d’une grande et prestigieuse usine de fabrication de matériels électriques (postes à souder, groupes électrogènes, etc.). Des infrastructures qui ont contribué à résorber pour une grande part le chômage dans la région.Mais Takaâtz a quand même gardé sa place de grande région agricole, avec de grandes fermes où sont pratiquées la culture maraîchère et la production animale, avec de vastes régiments d’oliviers sur le versant ouest accidenté, ainsi que diverses cultures, notamment avicoles, dans la petite plaine à la lisière de l’oued Soummam, près de Takrietz.

En matière d’infrastructures publiques, la localité de Takaâtz est dotée d’un bureau de poste, qui rend d’énormes services à la population, ainsi que d’une aire de sport aménagée où s’entraînent des jeunes regroupés dans l’équipe locale d’athlétisme. Et bientôt, une salle de soins viendra s’ajouter à ces infrastructures. Elle sera implantée dans un lotissement urbain du village, dont l’assiette de terrain a déjà été dégagée par la municipalité. Les villageois, grâce à une cohésion sociale des plus remarquables, élisent démocratiquement des notables qui travaillent inlassablement pour les intérêts de la collectivité. Leur labeur et leur sueur ont été couronnés par divers projets dignes de ce nom, notamment celui du réseau de gaz de ville, qui a sorti les habitants de la stricte vie de ruraux pour les propulser à celle de citadins à part entière. Ils ne manquent presque de rien en matière de commodités et la vie dans la cité est agréable.

TAÂKATS, LA RÉSISTANTE

Dans le domaine de l’habitat, l’ancien village fait toujours dans l’ardeur, malgré le poids des âges de ses habitations typiquement

kabyles construites avec de la pierre locale et charpentées de tuiles rouges traditionnelles. L’extension fulgurante du village a permis l’émergence de lotissements dans de grandes propriétés et de résidences pavillonnaires assorties de jardins fleuris

que délimitent des murets. Des constructions où alternent des habitations collectives éparses, à l’image de celles des cités Mikouchadhane et Aâdha, qui s’imposent comme des intermèdes entre le village et la ville.

Enfin, citons aussi le prolongement des habitations assorti de locaux commerciaux des deux cotés de la RN 74 et qui va atteindre, si ce n’est déjà fait, le grand centre urbain de la ville de Seddouk. Ce tronçon est en train de se transformer en un grand boulevard

commercial.

Taâkats, c’est aussi le village d’Ahmed Oumerzag, un «hors-la-loi» qui avait défié les gendarmes français, lesquels avaient installé un climat de terreur dans la région, croyant qu’ils pouvaient le pacifier à leur entendement par la peur après la mort des

Belhaddad. Oumerzag était là pour leur rappeler que cette région rebelle arrosée du sang des martyrs a toujours enfanté des hommes, au sens noble du terme. Et c’est ainsi que Oumerzag cassa l’ordre établi en prenant le chemin du maquis. Pour la guerre de libération, ce village a payé un lourd tribut, avec nombre de ses fils tombés au champ d’honneur pour que vive l’Algérie libre et indépendante. Cela a été aussi la même chose au village de Methia. Methia, un illustre écrivain, auteur de plusieurs ouvrages traitant de la psychanalyse. Et, c’est le moins que l’on puisse dire, la liste est loin d’être exhaustive.

Pour conclure, soulignons que Takaâts, parmi les plus importants villages de la région, recèle d’innombrables potentialités matérielles et humaines. Il ne reste qu’à les développer d’avantage en mettant en valeur le passé pour mieux comprendre et vivre le présent et maîtriser plus tard l’avenir. Ses habitants l’ont bien compris et le meilleur reste à venir.

 

                                                                                                                                                             L.BEDDAR

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