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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 15:41

En se rendant au mausolée de Cheikh Belhaddad, au village Seddouk Oufella, on ne peut s’empêcher de se voir les yeux remplis de larmes à la vue de l’état d’abandon dans lequel il se trouve. Il est, en effet, livré à son triste sort par les organismes et les services chargés de son fonctionnement. La bibliothèque est réduite à un placard contenant une dizaine de livres et où, paradoxalement, les ouvrages ayant trait à l’histoire du valeureux cheikh Belhaddad sont inexistants. Des gens profitent de cette situation pour créer des petits commerces informels où CD, K7 et autres gadgets sont commercialisés. Cet édifice, un joyau qui a coûté à l’Etat environ une centaine de milliards de centimes, a été conçu pour abriter les ossements de cheikh Belhaddad et de son fils Aziz, transférés le 03 juillet 2009 de Constantine où ils reposaient depuis la fin de la Révolution d’avril 1871, et pour servir, par la même, de lieu de pèlerinage pour les ade ptes de cheikh Belhaddad et ceux qui sollicitent toujours sa Baraka. Tous les anciens édifices, lieux de culte et habitations de la famille du Cheikh ont été rénovés par les pouvoirs publics grâce à un budget spécial alloué par la présidence de la République. Pourtant, juste après la cérémonie de ré-inhumation des ossements des cheikhs, les autorités parlaient du recrutement de 12 salariés, entre ouvriers ordinaires et spécialisés. Mais il n’en fut rien, puisque seules trois personnes, l’une faisant office de directeur et les deux autres de veilleurs de nuit, ont été recrutées. Ce directeur, qui a frappé à toutes les portes pour obtenir les moyens nécessaires pour la bonne gestion du mausolée a buté, malheureusement, à chaque fois, sur l’indifférence des uns et des autres et n’a pas tenu une année à son poste. Il a, finalement, démissionné, laissant le bateau chavirer sans commandant de bord. L’association Cheikh Belhaddad, chargée de la gestion de la caisse, où sont recueillis des dons de particuliers, et de la rémunération des ouvriers, lui a emboîté le pas, cet été, en se retirant et en remettant les clés à un notable du village, information donnée par Karim Ouari, président de ladite association. « Devant l’indifférence totale de la direction de la culture de Béjaïa, qui s’est totalement retirée de la gestion du mausolée, et la pression de certains membres de la famille Belhaddad, qui s’immisçaient trop dans la gestion des lieux, j’ai préféré me retirer en remettant les clés à un notable », a-t-il déclaré. Cheikh Belhaddad, dans son combat noble et juste, avait défié l’armée française par un appel au djihad, lancé un certain 08 avril 1971 au marché d’Amdoune n’Seddouk, soulevant toute la Kabylie, mobilisée comme un seul homme, dans une guerre qui a duré 10 longs mois et où l’ennemi avait été repoussé jusqu’à la plaine de la Mitidja. Mais rev enant à la charge, l’armée coloniale a réussi à vaincre les patriotes, les assassinant ou les condamnant à des sentences lourdes, matérialisées par des emprisonnements, des déportations, des confiscations de terres... Homme de religion, de sciences et de culture, Cheikh Belhaddad était un érudit aux qualités vertueuses, ayant fait de hautes études qui lui ont permis de fonder une medersa de niveau supérieur au profit d’étudiants venant de toute l’Algérie pour acquérir des diplômes d’imams ou d’enseignants. Il a répandu les percepts de l’islam en s’opposant au prosélytisme chrétien. Il était, également, le chef de l’organisation puissante qui enseignait la Tarika Rahmania, répandue à travers tout le Maghreb, notamment à travers des centaines de Zaouïas, et qui avait prés d’un million d’adeptes. Pour son charisme, sa droiture et son courage, Cheikh Belhaddad était aimé de tous et considéré comme un saint. Les gens lui obéissa ient aveuglement au doigt et à l’œil. Il jouait aussi un grand rôle dans le règlement de certains conflits familiaux et inter-villages, où les parties en conflit se soumettaient à ses décisions, trouvant ses jugements justes et efficaces. Ses vigiles et les hommes qui veillaient sur lui et ses possessions ne laissaient personne d’autre que les Mokadems de la Tarika Rahmania l’approcher, sauf au cas où la quête des visiteurs présentait une importance absolue. Pour toutes ces raisons, l’Etat se doit de réhabiliter le mausolée de Cheikh Belhaddad en le dotant de moyens nécessaires à son bon fonctionnement et ce, en respect aussi à ses fidèles Khouans et des visiteurs anonymes qui se rendent en pèlerinage à Seddouk Oufella pour se recueillir sur la tombe du cheikh, un homme dont la valeur était reconnue même par ses ennemis et les colonisateurs, et vénéré par les populations, de son vivant et même après sa mort, notamment celles de Tizi-Ouzou qui viennent, jusqu’à aujourd’hui, en famille par centaines, ce qui faisait dire à l’ancien directeur du mausolée, témoignant de la popularité de cheikh Belhaddad : « Quand les Khouans de grande Kabylie arrivent, le village de Seddouk Oufella n’arrive pas à contenir cette marée humaine qui arrive avec armes et bagages, pour une villégiature de deux à trois jours et où la localité est animée dans une ambiance festive et conviviale indescriptible. Et quand se joignent à eux ceux venant d’Alger, même son ancienne medersa, Lokri, éloignée d’environ deux kilomètres du village, grouille de monde ». L.B

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Published by La gazette
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