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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 07:37
Béni Maouche : virée au marché de Tléta; Les bonnes affaires ne manquent pas

En cette fin du mois de Ramadhan et à la veille de la fête de l’Aïd el Fitr, le marché de Tléta, comme l’appellent communément les gens de la région, ou la marché hebdomadaire de Béni Maouche qui se tient chaque mardi, est pris d’assaut par des milliers de visiteurs venus des villages des communes environnantes pour effectuer les derniers achats de fruits et légumes, viandes, jouets et vêtements pour enfants… qu’ils ont espéré avoir à bon prix.

Nous aussi, on était de la partie ce mardi en se rendant à ce marché pour les besoins de ce reportage. Il était 8h du matin quand nous avons pris la route qui monte et serpente le flanc Est de la montagne d’Achtoug. Déjà le soleil juillettiste commence à chauffer de bon matin, mais il ne nous a pas dissuadés de continuer notre chemin comme d’ailleurs tous ces automobilistes sur cette route qui se dirigent probablement vers le marché de Tléta, parmi eux les marchands ambulants et les acheteurs.

En arrivant au col d’Achtoug et au détour d’un virage, nous apercevons au loin la ville de Trouna, qui languit au soleil de l’été. Au centre de cette ville, le marché hebdomadaire que nous avons pu reconnaître de loin, grouille de monde, contrairement à la ville qui était déserte à l’heure où nous l’avons traversée. En effet, il était 8h30 mn et aucun commerce n’a levé rideau, les trottoirs étaient encore vides. C’est à partir des quatre chemins situés à l’extrémité Est de la ville que l’animation commence, juste en bifurquant à droite sur une route qui débouche à 500 mètres sur la placette jouxtant le siège de la mairie. De cette placette, on peut dominer les trois niveaux du marché situés en contrebas. On est resté même un bon moment à regarder ce qui se trame en bas.

Les marchands s’agitent comme des fourmis en s’empressant de dresser les étalages et exposer les produits. Les premiers fourgons de transport des voyageurs arrivent et les gens dévalent par le chemin serpenté creusé à même le talus, pressés d’atteindre le marché au lieu de faire le tour par la porte nord, la seule entrée qui existe d’ailleurs pour pénétrer au marché. Nous avons préféré traverser la placette qui a l’allure d’un grand boulevard ressemblant à une arête d’une feuille distribuant des commerces sur les deux bords. À droite, sont alignés des magasins fixes de produits de tous genres et à gauche, des tables d’épices alignées sur les trottoirs et dégageant des senteurs qui chatouillent les narines. Les brioches, pains gâteaux, zlabia et autres mettent l’eau à la bouche. La placette est le centre de gravité du chef-lieu de Béni Maouche. C’est là où toute l’activité économique est concentrée.

Toute la placette change de décor le jour du marché hebdomadaire, avec ces étals tout en couleur. Elle offre sa splendeur, l’hospitalité et la générosité de ses habitants qui accueillent avec un sourire commercial comme seuls les Ath Ouamaouche savent le faire. Facile à comprendre que le marché est la seule infrastructure qui offre des ressources à la commune de Béni Maouche, parmi les plus pauvres de la wilaya de Béjaïa du fait qu’elle ne vit et ne se développe qu’avec les subventions que lui accordent les pouvoirs publics.

À l’extrémité de la placette, se trouve le siège de l’APC où il est facile à deviner que la grande foule composée de femmes, hommes et jeunes agglutinés devant un portail, certains assis à même le sol, d’autres debout, attendent l’ouverture du service de l’état civil pour se faire délivrer les pièces administratives pour la constitution des dossiers scolaires des bacheliers devant s’inscrire à l’université et ceux qui ont obtenu le BEM qui leur ouvre droit de s’inscrire au lycée. Nous continuons notre chemin vers le marché dont la porte est proche de quelque 500 mètres du siège de la mairie. Les premiers étals sont occupés par les poissonniers vendant de la sardine à 300,00 dinars le kg.

Les gens la trouvant trop chère, ne se bousculent pas pour acheter et on peut dire qu’ils ne la regardent même pas. Au même endroit, se trouve aussi les baraques des bouchers proposant la viande bovine à 850,00 dinars et le bouzelouf à 200,00 dinars. Les prix proposés sont en deçà de ceux pratiqués par les boucheries fixes en ville. Même si ce n’est pas la ruée, les gens achètent de la viande tout de même pour les besoins de l’Aïd. Le niveau supérieur du marché est dominé par les marchands ambulants des vêtements qui occupent la plus grande partie de la surface, laissant un petit espace pour les fruits et légumes.

Des vêtements à la portée de toutes les bourses

Malgré un Ramadhan ruineux de par les dépenses supplémentaires qu’il engendre, les parents voudraient être au rendez-vous le jour de l’Aïd, en offrant des habits neufs aux membres de la famille, notamment les enfants, comme le veut la tradition léguée par les aïeux. Les marchands de vêtements offrent d’abord une diversité de produits répondant à tous les goûts et à divers prix aussi, à la portée de toutes les bourses.

Et c’est cela qui a fait que les gens se ruaient vers ces marchands qui ont fait de bonnes recettes ce jour-là. Nna Aldja, une femme du troisième âge prenant son petit-fils par la main, sillonne les stands en regardant à droite comme à gauche où dénicher un ensemble pour garçon. Elle s’arrête à l’un d’eux et prend un pantalon et un pull qu’elle essaye à son petit qui lui signifie qu’ils lui plaisent. Elle se tourne vers lui et lui répond : «Je sais qu’ils sont beaux et qu’ils vont te plaire, il reste les prix s’ils sont abordables», lui a-t-elle dit.

Le marchand lui fixe un prix unique de 2 500,00 dinars qui a vraiment fait plaisir à la vieille qui n’a pas trouvé mieux que de se tourner vers son petit pour lui dire : «prends le, il est à toi, puisque le prix me convient». «Le même ensemble, je l’ai trouvé en ville à 3 000,00 dinars, donc j’ai bien fait d’attendre ce jour du marché pour acheter», poursuit-elle. Cette indiscrétion a fait réagir le marchand qui avoua à sa cliente qu’il vend au prix de la liquidation pour liquider les stocks qu’il a.

Chez un autre marchand, c’est un père qui marchande une paire de souliers sur laquelle son fils a jeté son dévolu. «L’année passée, pour un même modèle, je l’ai achetée à 1 500,00 dinars. Comment se fait-il qu’elle elle a subi une augmentation de prix de 500,00 dinars, cette année ? On partage la poire en deux, c'est-à-dire, je vous rajoute 250,00 dinars, soit 1 750,00 dinars si vous voulez me la céder. Je sais qu’elle est chère mais je veux faire plaisir à mon fils qui la veut», a déclaré le père au marchand qui l’a bien dévisagé avant de lui répondre : «Moi aussi je ne vais pas décevoir votre fils ni vous d’ailleurs, prenez-la à ce prix que vous venez de fixer.

Sachez seulement que vous êtes le premier à l’acheter à ce prix, où ma marge est très infime». Nous atteignons le carré des fruits et légumes. Les marchands crient fort à qui veulent bien les entendre. Chacun ventant ses produits les présentant de bonne qualité et à bon prix pour attirer les acheteurs. Hormis, les prix des haricots qui ont pris de l’envol passant de 80,00 à 150,00 voire à 180,00 dinars suivant la qualité, et ceux des piments cédés entre 100,00 et 120,00 dinars, les reste des légumes sont vendus à des prix abordables, tels que la pomme de terre à 45,00 dinars, l’oignon à 40,00 dinars, la tomate à 50,00 dinars, le poivron à 60,00 dinars. Les fruits n’ont pas connu de hausse de prix. Le melon jaune est cédé à 60,00 dinars le kg, le cantaloup à 40,00 dinars, la pastèque à 25,00 dinars. Nous passons à l’étage inférieur occupé par les marchands ambulants de volailles.

Les fruits et légumes toujours abordables

Le prix fixé unanimement à 230,00 dinars le kg est abordable, ce qui a attiré beaucoup d’acheteurs considérant que le poulet est la viande du pauvre. Un fait mérite d’être signalé. Les marchands auraient mieux fait d’allier au bon prix la propreté, car c’est ce qui leur manquait le plus. Sous une chaleur matinale, le poulet est égorgé et plongé dans une bassine d’eau noirâtre et puis il est passé sur la plumeuse, avant de le poser sur une table de fortune pleine de plumes et de fiente pour lui enlever les abats, pattes et tête. Il est plongé quand même pour la dernière opération avant la livraison dans une bassine d’eau pas trop sale. Le dernier étage est réservé pour la vente du bétail. Deux carrés se sont formés, l’un pour les ovins et l’autre pour les bovins.

Dans le carré des ovins, il est rare de voir un acheteur y faire un tour, contrairement à celui des bovins, très convoité ce jour-là. Comme il y avait beaucoup de bêtes proposées à la vente, les acheteurs ont comme même le choix. Ils sont pour la plupart des notables venus acheter des lots pour Louziâa qu’on organisera dans leurs villages. Les éleveurs ont le vent en poupe en vendant leur bétail, car une fois cette occasion passée, ils appréhendent une mévente qui va s’installer dans les marchés, bien que l’heure soit à l’optimisme, car suivront les fêtes de mariage et de hadjis et l’Aïd El-Adha qui nécessitent l’achat de bovins et ovins pour la viande qui garnit les plats de couscous. Nous quittons le marché en remarquant que les marchands de poisson ont baissé les prix jusqu’à 200,00 dinars le kg de la sardine et malgré cela, leurs caisses sont à moitié pleines. En cours de route, le soleil commence à bruler les têtes.

En s’arrêtant sous l’ombrage d’un bâtiment, un vieux assis sur une pierre nous raconta le bon vieux temps qu’il avait vécu durant sa jeunesse à propos du Ramadhan. «Jadis, rares sont les gens qui venaient au marché pour acheter, la plupart cueillaient les légumes et les fruits de leurs jardins et champs pour leur alimentation, le surplus était vendu au marché pour les citadins. Chaque foyer avait aussi son troupeau pour la viande et le lait et ses poules pour les œufs», a-t-il souligné tout en rappelant que ces champs et jardins sont abandonnés par les propriétaires qui allaient, ces dernières années, monnayer leur force de travail dans les grandes villes du pays ou à l’étranger, ajoute-t-il. Une veille qui arriva lui emboita le pas pour nous apprendre comment est vécu le Ramadhan à la maison au moment du ftour. Elle déplore que le Ramadhan a perdu de son charme et de sa saveur parce qu’il n’y a plus de regroupement familial. Autre temps, autres mœurs ! «Un grand plat était posé par terre et les membres de la famille se mettaient tout autour pour manger tous ensemble.

Aujourd’hui, nos maisons sont devenues des restaurants du fait que chaque membre mange seul à l’heure qui lui convient. Réunir aujourd’hui à la même table tous les membres de la famille est un fait rare», a-t-elle dit. Le vieux reprend la parole pour dire : «Avant, les membres de la famille, une fois le manger terminé, ils se mettaient devant un Kanoun en hiver pour passer la soirée, ou sortaient dans la cour (Afrag) à la belle étoile en été. Aujourd’hui, à la dernière cuillère, sans terminer de mâcher, ils se lèvent et sortent dehors. Les femmes se mettent devant la télé à zapper». Un fait mérite d’être signalé.

Au lieu -dit «Bouchabane», qui constitue la limite territoriale entre les communes de Seddouk et Béni Maouche, un site paradisiaque d’une rare beauté, situé en haute montagne et tourné naturellement vers le flanc Est du Djurdjura, est souillé par des ordures ménagères.

En effet, l’un des accotements de la RN 74 à ce niveau est devenu un réceptacle des tonnes et des tonnes de déchets ménagers alignés sur des centaines de mètres. En plus des nausées qu’ils donnent en les regardant, il faut vraiment boucher le nez à cause des odeurs nauséabondes qui s’y dégagent, pour pouvoir passer.

L. Beddar

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Published by La gazette "Amdoune n'Seddouk"
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