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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 06:58

Que de plaisir de sortir dans la nature en ces journées printanières, où le soleil radieux est encore clément, car il ne fait ni chaud ni froid dans la journée.

Jeudi passée l’association Azar de Seddouk Ouadda, dans le douar d’Amdoun n’Seddouk, a organisé une randonnée pédestre à Asrafil, un village mythique à la fois discret et mystérieux. Il est surnommé la perle de Seddouk par les poètes et les historiens qui l’ont connu de par ses vestiges historiques et sites touristiques. Il offre pour ceux qui y mettent les pieds une ambiance particulière. Pour ce reportage, nous avons choisi pour une villégiature d’une journée ce lieu, symbole de la lutte de libération, où plusieurs accrochages avaient eu lieu. Après l’indépendance, il a obtenu le label d’une région touristique par excellence de par sa situation géographique, au fait qu’il est situé au milieu d’un grand massif montagneux dominé par une majestueuse forêt ravinée de petits ruisseaux dont les eaux rejoignent une grande rivière appelée Ighzer Oucharab, où ruisselle une eau minérale, scintillante et bonne à boire. Ce village historique fut tombé en ruines sous les bombardements de l’armée française qui a fait fuir les habitants et rasé complètement toutes les maisons. Une partie de la population s’était refugiée à la ville d’Amalou et l’autre au village Seddouk Ouadda. Notre objectif n’est pas seulement d’aller à la rencontre de Dame nature, mais aussi de visiter ce village qui mérite bien un projet de construction d’une stèle et un autre pour la restauration des maisons dans leur style original pour attirer le cas échéant des cinéastes et des maisons de production qui le choisiront comme lieu de tournage pour films et documentaires. C’est à l’occasion de la célébration des Journées de l’eau et de l’arbre et la Fête de la victoire, commémorée le 19 mars de chaque année, que les organisateurs ont eu l’idée de faire une randonnée pédestre au majestueux massif montagneux d’Asrafil, où la nature accueille à bras ouverts ses visiteurs et leur offre ses bienfaits. Ce qui est bon à dire, c’est que les ruraux profitent chaque jour que Dieu fait de cette merveille ; il n’est pas le cas pour les citadins de la ville qui supportent chaque jour les affres de la pollution de tout genre que dégagent les moteurs automobiles, les bruits diurnes et nocturnes des voitures, les bousculades sur les trottoirs en marchant à pied et les encombrements sur la chaussée en roulant en voiture ou en prenant le transport en commun. Tous ces effets néfastes influent sur la santé des citoyens en les rendant stressés, et le stress est source de plusieurs maladies, lesquelles sont parfois mortelles. Il leur est conseillé donc de sortir de leur cocon pour aller à la rencontre de Dame nature, le temps d’une journée, pour couper avec le quotidien en changeant d’air et d’endroit. Et pour les plus gâtés, ils peuvent se permettre une villégiature d’un week-end en allant à la campagne se ressourcer. Et c’est le cas des Kabyles vivant en ville et qui gardent toujours le contact avec la famille et les biens laissés au village. Des virées qui se prolongent en été où certains passent des vacances de quelques semaines dans leurs contrées.

Un site chargé d’histoire

Le paradoxe, c’est que nos enfants, par le biais de la télévision et Internet, découvrent des sites de valeurs d’autres régions, voire d’autres pays, alors que le site d’Asrafil, situé à quelques kilomètres de notre village, rares sont les citoyens qui savent ce qu’il garde encore comme secret pour les générations actuelles et futures, avides de connaître l’histoire de leur pays. Il est témoin de plusieurs accrochages entre les moudjahidine et l’armée française. Il garde encore les atrocités des paras qui l’ont bombardé et incendié, faisant déporter les habitants dans d’autres localités pour mettre un terme au soutien des moudjahidine, qui utilisaient l’endroit comme zone de repli où ils mangeaient et se reposaient pour reprendre des forces et aller attaquer de nouveau. Et il n’y a pas que ce volet historique que possède ce village martyr ; la nature a aussi façonné en cet endroit un environnement sauvage des plus subtils qui conviendrait pour l’implantation d’une maison de repos, au vu de la tranquillité et le calme qui y règnent. Il faisait beau ce jour là et même la météo nous a facilité les choses pour faire de cette randonnée, débutée à 9h du matin, un vrai régal. Après un hiver ténébreux, voila arrivé le printemps, la saison des amours. En marchant et en regardant à droite et à gauche, on est d’abord fasciné par cette nature sauvage sylvestre qui caresse la vue, dépayse le regard et impressionne l’esprit avec l’herbe qui commence à coloniser les prairies. Sa sortie de terre est favorisée par les dernières pluies qui ont bien arrosé le sol, provoquant des éboulements sur les routes non encore nettoyées et remplissant les rivières regorgeant d’eaux qui ruissellent, dont les clapotements sont entendus de loin. Nous ne sommes pas les seuls à vaquer en pleine nature, des chasseurs nous ont précédés. En effet, en arrivant au somment d’Ahrik, nous entendons des aboiements de chiens et cris d’hommes parvenant d’une grande forêt située en face. Ce sont des chasseurs qui chassaient des sangliers. Soudain, les porcs sauvages acculés par les chiens quittèrent la forêt en groupe en fuyant, traversant un flanc nu qui a facilité la tâche pour les chasseurs qui tiraient sur eux les abattant un à un. Nous continuons notre route en prenant par un sentier sinueux et étroit. Nous n’avons pas mis beaucoup de temps pour arriver à la lisière de cette forêt sylvestre luxuriante qui s’étale à perte de vue. Ce site panoramique qui s’offre aux yeux est d’une beauté exceptionnelle. Une ambiance particulière y règne. Au milieu de cette jungle, on entend résonner à l’oreille l’écho de toute sorte de bruissement et de froufrous, mêles aux chants des oiseaux. Ce coin paisible rappelle des souvenirs d’enfance qu’Akli, qui s’est empressé d’évoquer : «Mon jeune âge, je l’ai passé comme berger et je venais souvent à cet endroit. Juste après l’indépendance, nous cuisinions et chauffions avec un feu de bois. Donc chaque matin, je venais dans cette forêt où je fais paître les bêtes et ramasser du bois. Je me contentais d’une poignée de figues que ma mère me mettait dans les poches que je prenais avec du lait frais que je trais de la chèvre. Aujourd’hui, tout cela reste un vague souvenir. Tout ce décor paradisiaque m’attire autrement. Je me permets de m’arrêter ici quelques minutes pour prendre un bol d’air frais et me reposer au pied d’un arbre, loin des tumultes de la ville. Comme j’adore ce calme olympien et ces agréables senteurs que dégagent les arbres et les lavandes, lesquelles me chatouillent les narines. Je suis redevenu un amoureux de la nature et des espaces verts et j’ai toujours rêvé d’un tel endroit», a déclaré tout de go notre accompagnateur qui semblait ému par toute cette beauté sauvage qui séduit les touristes. Des chênes et des pins centenaires eu égard à leur hauteur et circonférence ombragent une cascade d’eau qui se déverse dans un étang (Tamada). Cet étang féerique où règne un calme religieux n’a pas laissé indifférent notre ami qui nous raconta ce qu’il garde encore comme souvenir de lui. «Les murmures de ses eaux douces et pures sont les mêmes qu’autrefois. Nous descendions tous les après-midi de cette forêts pour s’ébattre de ses eaux limpides à l’ombre des ces arbres gigantesques qui n’ont pas pris rides et sont encore là à nous accueillir fièrement. On se lavait les corps et s’humectait les gosiers au demeurant. On se mettait à genoux et on buvait à satiété», ajouta Akli qui a joint le geste à la parole en s’agenouillant pour boire. Il a même sollicité de lui faire une photo souvenir avec cette pose. Nous continuons notre route vers Asrafil, lieu de notre visite.

Village en ruine

C’est au détour d’un virage que nous tombons nez à nez avec ce village qui languit au soleil du printemps. Des maisons détruites dans leur quasi-totalité par les bombes larguées par les avions de l’armée française. Il n’en restait que quelques murs à moitié détruits et des amas de gravas constatés un peu partout. Les petites ruelles comme ces amas sont gagnés par de la broussaille et il nous fallait à chaque fois se frayer un chemin pour passer. Tout au fond, nous découvrons un cimetière dont les derniers enterrements remontent à 1957 suivant les transcriptions faites sur les plaques en marbre implantées sur les deux extrémités des tombes. De l’autre flanc, Asrafil est tourné naturellement vers les trois villages de la commune d’Amalou : Thadarth Ouadda, Ighil Igueni et Ath Djemhour. Ces trois villages forment une vraie carte postale ressemblant à un tableau de maître dessiné par des mains expertes. Le village Asrafil mérite bien d’être classé comme vestige historique avec un statut de haut fait d’armes, lui qui a beaucoup donné à la révolution en sacrifiant ses meilleurs fils. Des historiens pourront faire des recherches afin d’élucider les combats meurtriers et tous les noms des Chahid tombés au champ d’honneur dans cet endroit. Les familles étaient déracinées et chacune avait trouvé refuge sous un autre ciel. Pourtant, en 1965, il a été question de regrouper ces familles en un même lieu. Le choix était porté sur Taghzouilt, une petite plaine située à l’abord du CW 141 non loin d’Asrafil. Le projet n’a été concrétisé que vers l’année 1973, où des maisons ont été érigées dans le cadre de la réalisation d’un village socialiste. Les maisons une fois construites ont été attribuées à des gens venus de différents horizons, et seules deux familles des Ait Hamouda d’Asrafil ont été casées. Ce qui est fabuleux aussi, c’est qu’on a piqueniqué en prenant notre repas en pleine nature, assis sur des pierres. Nous avons terminé notre virée qui restera gravée dans nos mémoires. Bien sûr, nous avons pensé à la raconter aux autres, en leur recommandant d’aller visiter cet endroit magique qui regorge de panoramas sublimes et coins féeriques.

L. Beddar

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Published by La gazette "Amdoune n'Seddouk"
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